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, UN ENTERREMENT CIVIL DANS UN CIMETIERE RELIGIEUX

LE BORGEL DE TUNIS EN 1905
Alberto BENSASSON (Pise 1840 - Tunis 1905)



Alberto BENSASSON (Pise 1840 - Tunis 1905), livournais de Tunis, fut Médecin Chirurgien de l’université de Pise, nommé Chevalier de l’Ordre de Saint-Maurice et Lazare en 1868 à Florence par Victor Emmanuel II, Officier du Nicham Iftikhar, Médecin de S.M. le Bey de Tunisie, membre du conseil d’administration de l’Hôpital Italien de Tunis.
Il se distingua notamment pendant l’épidémie de choléra en 1867 à Tunis.
Lionel Levy décrit dans son livre « La Nation Juive Portugaise » les circonstances de son inhumation au cimetière du Borgel.
En 1905, lorsque le Dr Alberto Bensasson fut enterré civilement, selon ses vœux, sa famille eut à surmonter l’opposition de la communauté religieuse qui ne souhaitait pas l’accueillir, comme il le désirait, dans la partie Livournaise du cimetière du Borgel à Tunis (carré Attias). Il y fut néanmoins inhumé après de difficiles tractations.
On sait que le Dr Alberto Bensasson était franc-maçon, et que les relations entre la franc-maçonnerie et les religions ont souvent été tumultueuses, malgré le fait que, généralement, du point de vue de la franc-maçonnerie, être franc-maçon et pratiquer sa religion ne pose pas de problème en soi.
L’incident fit l’objet d’articles dans la revue « Il Socialista ». Le frère du défunt, Raffaelo Bensasson, grand-père des Dr Mario et Renatto Bensasson, répliqua dans le journal « L’Unione » :
Il y argumentait que le fait d’avoir obtenu de faire un enterrement civil dans un cimetière religieux avait fait progresser la liberté de pensée en Tunisie.
Cette situation familiale symbolisait bien la distinction très actuelle aujourd’hui, entre l’appartenance à une communauté, héritière d’une tradition, et l’observance de la pratique religieuse.
Dit autrement, l’appartenance à cette communauté ce caractérise-t-elle par l’observance de la religion ?
Sans rattachement religieux, les juifs « Portugais » de Venise, d’Amsterdam ou de Livourne auraient-ils connu le même sort ?
Le cas de Alberto Bensasson, à travers le caractère transgressif de son enterrement, pose la question d’accepter de laisser le pouvoir civil sous l’autorité des rabbins mais en même temps de tenter de concilier foi et raison.
Les activités maçonniques ont constitué plus tard une dynamique d’intégration et de création d’un nouvel état d’esprit chez leurs affiliés juifs en Tunisie dont nous voyons ici un fervent partisan.
Son épitaphe est une véritable profession de foi maçonnique :
« Des disciplines médicales
Modeste amateur
De la libre pensée
Infatigable combattant
De la théorie de l’évolution
Partisan fervent
Il n’eut pas d’autre idéal
Que la science
Et la Religion du devoir
La famille profondément affectée »
Cet enterrement du Dr Alberto Bensasson en 1905 a ouvert la voie au cimetière du Borgel à des inhumations non religieuses et d’une certaine manière a permis d’avancer un peu plus sur la voie de la laïcité.
D’autres sépultures empruntèrent le même chemin que celle du Dr Bensasson comme par exemple celles de Soria Vittorio, Pompéo Suleme,Guillaume Sulema et Alcide Benedite, eux-mêmes franc-maçons, ou encore les monuments civils aux morts des guerres

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Lundi 8 Octobre 2018
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