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Causes de mortalité

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Une étude récemment publiée dans la revue « Population », (Cattan D., Feingold J., Mallet A. : « Mortalité par tuberculose chez les juifs de Tunis (Tunisie) dans la première moitié du XXeme siècle » Population 2007 ; 62(3) :605-625.) donne les chiffres de mortalité générale et par maladies infectieuses à Tunis-ville en deux périodes : 1919-1939 et 1946-1956.

« L’étude de la mortalité est en effet réalisable à Tunis-ville pendant le protectorat français (1881-1955). Les données administratives de cette époque permettent l'étude des groupes communautaires (français, musulmans, juifs, italiens, maltais) grâce à des recensements effectués, sauf pendant les deux conflits mondiaux, tous les 5 ans. De plus depuis 1885, un certificat médical de décès, comportant le groupe communautaire et la cause principale du décès était exigé avant l'inhumation. Les sources principales sont : "Statistiques démographiques et médicales; Régence de Tunis, Protectorat français" publiées par le "Bureau d'Hygiène de la ville de Tunis », fondé par Charles Nicolle et Ernest Conseil, à la disposition des chercheurs à la bibliothèque municipale de la ville de Tunis d’une part et « L’Annuaire de la Tunisie » facilement consultable à l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE). »

D’après cette étude, « La mortalité générale, le taux de morts nés et le taux de mortalité infantile dans la population juive sont plus élevés que dans les populations françaises et italiennes mais moins élevés que ceux de la population musulmane. Il en est de même pour deux maladies infectieuses fréquentes, la rougeole et la fièvre typhoïde. La mortalité par tuberculose est, de façon constante et statistiquement significative, plus faible dans la population juive que dans les quatre autres communautés. »

« En ce qui concerne la mortalité générale il convient de noter d’une part des taux très élevés et stables dans la communauté musulmane, d’autre part des taux inférieurs et décroissants dans la population juive.
La première constatation faite chez les musulmans s’explique sans doute par une conjonction de facteurs : niveau socio-économique très bas et stable, mais aussi, malgré les structures de soins sans cesse modernisées, par une politique de formation des médecins musulmans notoirement insuffisante et tardive, par une résistance à la médecine moderne, la persistance de la médecine traditionnelle (charlatans, saignées, variolisation dangereuse en lieu et place de la vaccination jennérienne etc.) un sentiment de fatalité. Ces facteurs persisteront sans doute après l’Indépendance ; en effet, malgré les énormes investissements dans le domaine de la santé on observera une lenteur à l’obtention de résultats ( par exemple le taux de mortalité générale pour la Tunisie entière à 1000/100000, fut atteint seulement en 1975 soit 29 ans après les européens à Tunis (1946), le taux de mortalité infantile pour la Tunisie entière de 51.4/1000 fut atteint en 1984 soit 35 ans après les européens à Tunis (1949).(Source : Institut National de la Statistique, Tunis, 2003)
Chez les juifs, les taux de mortalité générale élevés mais inférieurs à ceux des musulmans dès le début de l’étude sont malaisés à expliquer en dehors du comportement différent face à la maladie en général. La décroissance de la mortalité générale chez les juifs à partir de 1925 traduit sans doute la migration progressive de la communauté juive vers la ville européenne. Enfin, quoique les structures de soins aient été à peu près les mêmes (sauf après la deuxième guerre mondiale, en 1949 ou les soins aux petits enfants juifs avaient été renforcés par l’OSE, Organisme de Sauvegarde de l’Enfance)) le désir d’intégration, l’appétit de modernité expliquèrent, avec un sentiment d’anxiété souvent souligné, une consommation médicale de type européen. »




Haute prévalence de la tuberculose avec faible mortalité dans la population juive.

« Calmette écrivait en 1928 : "On a souvent remarqué que, dans les villes où la tuberculose est très répandue, les sujets de race juive fournissent un taux de mortalité sensiblement moindre que l'ensemble de la population….. Toutes ces statistiques semblent indiquer que la ‘race’ juive serait moins frappée que les autres races par l’infection tuberculeuse. Mais ce n'est là qu'une apparence, car si on étudie dans chaque pays, non plus les causes de mortalité mais les causes de morbidité, on voit que la tuberculose est aussi commune chez les juifs que chez les chrétiens »(1).

Selon 24 études colligées par Calmette, Arnould en 1934 (2), puis, par Rakower en 1950 (3), la mortalité mais non la morbidité par tuberculose chez les juifs vivant dans différentes villes de L'Europe de l'Est ou de l'Ouest, de l'Amérique du Nord et du Maghreb apparaissait plus faible que dans les autres groupes ethniques vivant dans les mêmes villes et indépendamment de leur statut économique. »

« D'après différentes sources nous savons que la prévalence de la tuberculose chez les juifs de Tunis-ville était au moins la même et, pour la plupart des observateurs, plus élevée que celle des musulmans en tout cas certainement plus élevée que celle des français. A Tunis, sur les 80.000 sujets pour lesquels une fiche médicale clinique, radiologique et sociale a été établie en 18 ans, de 1932 à 1950 dans les 3 dispensaires travaillant sous l’égide de la Ligue Antituberculeuse, 23000 soit 6% de la population générale ont été reconnus porteurs d'une manifestation tuberculeuse. La conversion des chiffres des diagnostics rapportés à chaque fraction de la population donnait 5% de tuberculeux chez les musulmans, 6% chez les européens, 11% chez les juifs. Une enquête menée à bien dans les années 50, par les médecins de ces dispensaires et des médecins de l'hôpital Sadiki permet de se faire une idée des densités tuberculeuses des différents quartiers et montre bien la morbidité tuberculeuse franchement plus élevée des juifs. On y trouve notamment les résultats suivants.
Quartier de la Médina (musulmans)
: Rue du Moulin à Vent, 680 habitants : 21cas de tuberculose pulmonaire. (3%). Rue Ras El Derb, 450 habitants: 15 cas (3,3%). Rue Amar Bey, 420 habitants: 12 cas (2,8%). Rue Allaf,: 250 habitants. 9 cas (3,6%)
Quartier de la Hara (juifs en majorité)
: Immeubles de recasement récents, 1500 habitants : 128 cas (8,5%). Rue des Djerbiens, 160 habitants : 41 cas (25,6%). Impasse des Djerbiens, 240 habitants : 29 cas (12,1%). Impasse de l'Emir, 180 habitants: 28 cas (15,5%). Rue Sidi Khalf, 320 habitants: 46 cas (14,4%).(3). »

« La faible mortalité par tuberculose chez les juifs de Tunis, son extraordinaire stabilité avant l’apparition des antibiotiques sont les faits dominants de cette étude. Ils restent inexpliqués. Cette faible mortalité ne pouvait être expliquée par un statut socio-économique privilégié. Le statut socio-économique des juifs ne différait pas grandement de celui des musulmans en tout cas dans la première moitié de la période étudiée. Il n’en reste pas moins que par rapport aux musulmans la consommation médicale plus importante et plus précoce chez les juifs a du jouer. La forte mortalité infantile par tuberculose chez les musulmans : 44% chez les nourrissons et 20% chez les enfants (contre 6 et 10% respectivement chez les juifs et les européens) devait provenir au moins en partie d’un retard au diagnostic
Quoiqu’il en soit et c’est bien là le fait essentiel de cette étude, la mortalité par tuberculose chez les juifs se situait à un niveau beaucoup plus bas que celui des français. Les français vivaient tous dans la ville européenne dans des immeubles modernes comportant électricité, eau courante, espaces, sanitaires et tout à l’égout., Ainsi à Tunis dans la première moitié du XXème siècle la mortalité infantile, un indice reconnu du niveau socio-économique, exprimée par le nombre d'enfants morts avant l'âge de un an pour mille naissances vivantes était beaucoup plus haute chez les juifs que chez les français mais la mortalité par tuberculose était plus faible: par exemple, dans les années 30 le taux de mortalité par tuberculose était chez les juifs de Tunis moitié moindre que celui des français vivant en France mais leur mortalité infantile était trois fois supérieure. Le taux de mortalité par tuberculose ajusté sur le taux de mortalité infantile montre que le taux plus faible dans la population juive n’était pas dû aux conditions socio économiques
La réalité de cette faible mortalité par tuberculose dans la population juive est étayée, même en l’absence de données chiffrées générales sur la prévalence et sur l’incidence de la maladie, par la bénignité de l’affection reconnue par tous les médecins dans cette ethnie : bénignité générale des localisations, tendance générale à la sclérose et donc à la curabilité, rareté des formes bilatérales et cavitaires, absence de retentissement sur l’état général, rareté de la fièvre et rareté des interventions chirurgicales.
Une fois éliminés comme facteur causal de la plus faible mortalité par tuberculose chez les juifs que chez les français, les facteurs socio-économiques, dont les conditions d’habitat, l’accès aux soins et, à notre connaissance, la qualité des bulletins de décès, les hypothèses avancées sont principalement génétiques. Cependant le rôle des us et coutumes séparant les juifs des français ne peut être éliminé ; par exemple : le balayage humide utilisé par les juifs alors que les autres communautés balayaient à sec, le strict contrôle des viandes » Citations de l’article de la revue « Population »


REFERENCES


1. CALMETTE A., 1928, « Infection bacillaire et Tuberculose. L'infection bacillaire et la tuberculose chez l'homme et chez les animaux ». Paris, Masson éditeur, 3eme éd., p 680-683.

2. ARNOULD E., 1934, «Le problème de la tuberculose chez les Juifs », Rev Phtisiol, 15(5), p 466-495.

3. RAKOWER J., 1953, “Tuberculosis among Jews”, Am Rev Tubercul, 67(1), p 85-93.


NB : Le vocable « juifs » concerne les juifs tunisiens ; les juifs italiens sont inclus parmi les italiens, les juifs français parmi les français



























































Jeudi 17 Septembre 2009
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