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Colloque AICJT et Université de la Manouba, 5 Mai 2010 à Tunis (Salle de la « Slimaniya »)

Le 5 mai dernier, à Tunis, dans la Salle de la "Slimaniya", a eu lieu le colloque de notre association et l'Université de la Manouba. Voici un compte rendu de cet évènement.



Colloque  AICJT  et  Université de la Manouba,  5  Mai  2010  à  Tunis (Salle  de  la  « Slimaniya »)
I. Intervention du Professeur Habib Kazdaghli :
sur les cimetières et l’extension urbaine > le cas de l’ancien Cimetière juif de Tunis (avenue de Londres) :

L’ancien Cimetière juif de Tunis a résisté 70 ans à la pression urbaine , jusqu’en 1957 , date à laquelle il est devenu un immense parc public .

Divers projets avaient menacé son existence entre temps : construction de la Maison de France , du chemin de fer Tunis – La Goulette (en 1872) ; le Cimetière demeura malgré tout toujours en place (superficie de 6 hectares) .

L’idée de le désaffecter et d’en faire un parc public se manifesta en 1907 pour la première fois (à l’image du parc Monceaux ) .

En 1920 , l’architecte Victor Valensi projeta d’y faire construire l’Hôtel de Ville de Tunis .
A chaque tentative de désaffectation dudit Cimetière , la Communauté israélite invoquait l’argument religieux selon lequel les traditions juives interdisaient l’exhumation des corps .
Un autre problème apparut par rapport à la circulation des véhicules , le long du Cimetière (ex-Avenue Roustan) : celui dit de la « hernie » , c’est – à – dire du saillant d’une partie du Cimetière sur ladite Avenue , rendant assez difficile le passage du tramway et voitures à cet endroit particulier .

Durant la 2e guerre mondiale , les autorités militaires françaises voulurent déclarer le terrain du Cimetière juif comme étant affecté à la Défense passive et servir de refuge .
Finalement , au lendemain de l’indépendance tunisienne , la décision fut prise par le Gouvernement de le désaffecter et de le transformer irrémédiablement en parc public (décret du 17 Juillet 1957) .


II. Intervention d’Albert Maarek , Historien :
sur la littérature judéo – arabe et les premières traductions des épitaphes rabbiniques .

Le judéo-arabe est parlé au Maghreb à partir du IXe siècle : du IX au XVe siècle , c’est la période dite du judéo – arabe classique , réservé uniquement aux lettrés (mélange d’arabe littéraire , d’arabe dialectal et d’hébreu ) .

Par contre , du XVe au XXe siècle, le judéo – arabe est essentiellement populaire (il devient un dialecte) , les lettrés n’utilisant désormais que l’hébreu .

Deux faits importants à signaler au XIXe siècle : l’usage de l’imprimerie et l’influence culturelle de l’Occident (par le biais de l’Alliance israélite) qui vont avoir des répercussions sur le judéo – arabe .

Diverses personnalités vont rassembler nombre d’œuvres littéraires judéo-arabes : David Cazès , Eusèbe Vassel , David Hagège et Robert Attal (1500 titres pour la Tunisie) .

Les différents genres littéraires judéo – arabes
on distingue 4 genres principaux :
le 1er genre caractérisé par la traduction orale de textes bibliques à partir de l’hébreu , en judéo-arabe et enseigné aux enfants juifs .
Le 2e genre consistant à traduire (toujours oralement) des exégèses , des prescriptions religieuses .
Le 3e genre : traduction de contes et récits sur divers personnages bibliques (lettrés et rabbins) , dans le style populaire judéo – arabe .
A partir du XIXe siècle , c’est l’ouverture sur le profane (traductions d’œuvres arabes ou françaises) et des conteurs dans les brasseries relatent ces contes aux consommateurs attablés .

L’imprimerie va permettre la diffusion de ces textes : c’est le passage de l’oral à l’écrit .
Le 4e genre : celui de la poésie , avec la « Qina » (complainte) , la « Qassida »(récit historique) , la « Renya » et la « Mezouma »(chant historique) , les publicités en judéo-arabe et surtout la presse judéo – arabe qui se développe > 150 titres pour tout le Maghreb .

Les premières traductions d’épitaphes rabbiniques par Raphaël Arditti :

Rabbin d’origine bulgare , venu à Paris pour y suivre les cours du Séminaire rabbinique ; il arrive en Tunisie en 1898 , pour briguer le poste de Grand Rabbin de Tunisie , sans succès ; il devint fonctionnaire à la Direction de l’Intérieur .
Fit traduire une dizaine d’épitaphes rabbiniques de l’ancien Cimetière , dont celui de Haï Taïeb , Rabbin réputé pour son savoir et ses travaux sur le Talmud et la Kabbale .
Une certaine propension à consommer de la « boukha » aurait développé à son sujet quelques légendes pour expliquer l’inscription : « Lo met » dans son épitaphe .


III. Intervention du Professeur Pascal Julien de l’Université de Toulouse:
décoration et architecture des tombes du « Borgel »

Signale l’absence de sentier entre les tombes ni de caveau ce qui oblige parfois à marcher sur les marbres funéraires . Certaines tombes sortent du sol : elles sont très ornées et documentées ; les éléments religieux constituent les 2/3 du décor ; le 1/3 restant comprend 2 écuelles et 1 élément symbolique .

On y trouve des figures diverses dont des coquilles , des oiseaux , des colombes , des couronnes …
Présence parfois d’une colonne tronquée , symbolique d’une vie arrêtée .

Du côté « grana »surtout , on y voit des éléments textuels de la « Thora » , se situant entre l’aspect religieux et l’identification .

Chez les « Cohen » , figurent parfois des mains sous forme de paume et de revers rassemblés .

D’autres signes visibles : des branches d’olivier , des étoiles de David , l’alliance entre l’étoile et le croissant et même un vélo , une voiture (symboles de la traction) ; une carabine également …
Sur le plan architectural , plusieurs décors à signaler : diverses colonnes , une obélisque , un compas et une équerre ( symboles des Francs – Maçons)
Certaines lettres sur les épitaphes sont plombées .

Les marbres proviennent de marbriers différents , surtout de Jules Haddad qui a effectué et conçu des dessins particuliers .

Il y a surtout du marbre de Carrare , de très bonne qualité .
A signaler : un bloc de ciment de 3 tonnes , d’un seul tenant …
Pour d’autres tombes , le poids explique l’effondrement des marbres .
Donc , dans l’ensemble , un patrimoine exceptionnel , de très bonne qualité .
Un message d’espoir est transmis par ce Cimetière avec la présence des étudiants tunisiens ; envisager peut – être une étude comparée avec des tombes musulmanes du XIXe siècle .

IV. Projection d’un film par Michèle Fellous , CNRS anthropologue :
Portrait de Richard Haddad , marbrier au Cimetière du Borgel , de 1950 à 1966 .

Richard Haddad , que nous avons interviewé et filmé dans son appartement de la banlieue
parisienne, fut le neveu et gendre de Jules Haddad, qui fonda l’entreprise de marbrerie dont
le nom apparait sur bien des tombes au cimetière du Borgel. Le film s’attache à la formation
de Jules Haddad, autodidacte qui voulait au départ être sculpteur ; puis à la fondation de
l’entreprise qui fut une affaire familiale. Richard Haddad nous décrit les techniques de
découpage du marbre et fabrication des tombes ; il évoque les rites différenciés des deux
communautés juives tunisiennes, la fin de l’ancien cimetière de l’avenue de Londres, et
particulièrement le transfert du corps de Rabbin Haï Taieb, auquel il assista. Il évoque enfin
quelques tombes, témoins de l’histoire, entre mémoire familiale et mémoire collective.

Mardi 29 Juin 2010
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