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L’Ancien cimetière Juif de Tunis - traduction Avraham Attal

Les sépultures des Rabbanim situés en dehors de l’ancien cimetière



L’Ancien cimetière Juif de Tunis - Avraham Attal
Jusqu’au début de l’année 1959, peu de temps après l’indépendance de la Tunisie, tout visiteur étranger qui arrivait pouvait aisément remarquer au cœur de la ville de style européen, un large espace d’une surface de 60 dounam entouré d’une muraille. C’est à cet endroit que se trouvait l’ancien cimetière Juif de la ville.
Sur l’ancienne carte de Tunis datée de 1880, on voyait à cet endroit (où se trouvait l’ancien cimetière Juif) des plants entourés par des canaux d’évacuation visibles qui descendaient de la partie supérieure de la ville. Cet endroit, qui n’était pas délimité, s’est étendu en même temps que s’étendait la population juive de la ville dont les bienfaiteurs achetaient les terres. Les contrats d’acquisition étaient gardés dans les banques locales. Comme l’espace n’était pas muni de barrières, il y avait beaucoup de vols et de vandalisme de pierres tombales de la part des Arabes.
A partir de 1887, une loi communale a interdit l’inhumation des personnes décédées dans le vieux cimetière. Le site du nouveau cimetière était en dehors des limites de la ville et a été réservé aux membres de la communauté juive. A cause de cela, beaucoup d’infrastructures de l’ancien cimetière n’ont pas cessé d’être utilisées même après l’ouverture du nouveau cimetière. La purification des morts et les cérémonies de Levaya (accompagnement du mort) avaient lieu dans l’ancien cimetière. De là est né un parcours de Levaya sur le chemin du nouveau cimetière, plus connu sous le surnom de « Borgel », au nom du Rav Haï Eliahou Borgel, deuxième du nom (décédé en 1898), qui était le premier grand rabbin à être enterré dans ce cimetière.
Durant les premières années du gouvernement de protectorat Français, le quartier européen s’est significativement développé. En 1898, commença le début de la démolition de la partie Nord du vieux cimetière. Les rues furent pavées et des immeubles furent construits sur son terrain mais 8 tombes de grands rabbanim et notables, enterrés à des distances de plusieurs dizaines de mètres les uns des autres ont pu échapper à la démolition, et sont restés reposer en paix. En parallèle, les descendants composèrent une communauté dans ce quartier. Cette situation dura jusqu’en 1956.
Avant de décrire quelques tombes, il serait bon de passer brièvement en revue l’histoire du cimetière. La localisation du lieu du cimetière au cœur de la ville européenne réveille parfois la cupidité des autorités locales qui commencent à s’y intéresser. Elles ont essayé de justifier leurs objections sur la localisation du cimetière au centre-ville par des arguments sanitaires ou économiques. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que les expropriations des Juifs n’ont pas tardé à arriver.
Ainsi en 1907, une expropriation officielle du cimetière à la communauté juive eut lieu. En 1913, Felix Cohen Boulakia, journaliste et combattant infatigable pour le bien-être de la communauté juive et la sauvegarde de son héritage, présenta une pétition au Sénat Français à Paris en protestation à l’expropriation des terres de l’ancien cimetière Juif. Il y a souligné le fait que les terres du cimetière ont toutes été acquises par les Juifs de la ville qui en sont ainsi les propriétaires exclusifs et que toute tentative d’expropriation constitue une atteinte à leurs droits de propriété. La réponse du gouvernement Français fut qu’aucune décision à ce sujet ne se ferait sans consultation préalable des dirigeants de la communauté juive. Par ailleurs, Jacques Bachar, journaliste Juif Tunisien résidant à Paris, présenta une pétition à l’Assemblée Nationale à Paris sur le même sujet. Le gouvernement Français décida d’envoyer cette pétition au ministre de l’Intérieur.
A partir de là, plus aucun jour ne passa sans que le sujet du cimetière ne soit dans l’actualité. Parmi les journalistes locaux Juifs, certains prirent parti pour l’expropriation en pensant que ce serait profitable économiquement pour la communauté Juive. D’autres, par contre, se sont battus de toutes leurs forces contre l’idée même de l’expropriation et pour l’honneur des morts enterrés, et ont appuyé leur opposition par des arguments hilkhatiques.
La 2nde guerre mondiale et l’époque de l’occupation de la Tunisie par les Nazis ont mis le sujet de côté. Pendant l’occupation allemande, des tranchées ont été creusées par lesquelles les habitants étrangers ont pu fuir, Juifs comme Arabes, à cause des bombardements aériens.
Il est important de noter qu’à quelques dizaines de mètres du cimetière, le plus bel hôtel de la ville a été érigé, le Majestic Hôtel, réquisitionné par les forces nazies, la Kommandantur, et transformé en résidence pour les officiers. Sûrement en raison de ce changement, le site est devenu une cible prioritaire de bombardement par les Alliés.
La fondation de l’Etat d’Israël, ainsi que les événements qui se produisirent en Tunisie lors de l’indépendance (en mars 1956) entraînèrent le judaïsme tunisien dans une nouvelle situation : d’une part un manque de sérénité quant à la continuité de l’existence de la communauté, d’autre part, un espoir pour l’avenir. Des éléments qui s’entremêlaient.
En février 1958, la municipalité voulut enregistrer le vieux cimetière juif comme un bien municipal. Tous les efforts pour empêcher sa confiscation furent vains. En juin 1958, après des efforts vains de la part du grand rabbin et de la communauté, et le refus de transférer les corps des défunts vers Israel de la part des autorités, on commença à exhumer les corps. Les corps de quelques rabbanims furent transférés vers le nouveau cimetière. Les milliers de tombes restantes demeurèrent sur le site et recouvertes par un grand jardin public. Tout ceci sans aucune indemnité pour la communauté Juive.




Tombes des Rabbanim qui ont conservé leur site
Comme présenté plus haut, l’élargissement et le développement de la ville s’accompagna d’expropriation de la partie nord du vieux cimetière en 1898. Mais 8 tombes parmi celles des grands rabbanims purent rester sur leur site. Voici un aperçu de ces tombes et des personnalités y enterrées :
1) Rabbi Avraham Hacohen « Baba Rabbi »
La plus ancienne tombe est celle de Rabbi Avraham Hacohen, juge renommé, connu sous le surnom de « Baba Rabbi ». Il est mort en 1775. Sa tombe est entourée d’une structure qui la recouvre afin de la protéger car elle devait se trouver, selon le projet de plan d’urbanisme, sur un trottoir public. Ses ossements furent transférés au cimetière Borgel en 1958 à cause de la confiscation de la totalité du cimetière. Aujourd’hui, le site originel est utilisé comme atelier de plomberie.
Ceci est la pierre tombale
du grand Rav, lumière et grand,
Kabbaliste divin
Notre Maître Avraham Hacohen
Connu sous le nom de Baba Rabbi
Appelé à la Yeshiva du Ciel
En l’année 5475

2) Rabbi Avraham Abenmoussa

Il s’agit de Rabbi Avraham Benmoussa du Maroc. Il s’installa à Tunis et y mourut. Il y a différentes opinions au sujet de la date de sa mort. Sur sa tombe, c’est l’année 5501 (1741) qui est inscrite. Cazès pense qu’il est décédé en 5580. Meir Benayahou, dans la biographie de ce Rav, a fixé que son année de décès était 5493. Le récit de Benayahou décrit des manuscrits de Abenmoussa. Je mentionnerai aussi que les manuscrits de Rav Abenmoussa sur le traité Sota de la Guemara ont été reproduits à partir des originaux en 5715 (1955). Ces reproductions sont disponibles à l’institut Ben Tsvi.

Ceci est la pierre tombale
du célèbre Rav, connu pour sa conduite généreuse,
Lumière de l’Occident, Kabbaliste divin,
Notre Maître Avraham Abenmoussa
Appelé à la Yeshiva du Ciel
En l’année 5501



3) Rabbi Moshé Darmon

Rav de la communauté Portugaise de Tunis. A étudié au sein de la Yeshiva de Rav Yossef Bismuth. Décédé en 5501 (1741).

Ceci est la pierre tombale
du grand Rav, forteresse de courage,
Kabbaliste divin,
Notre Maître Moshé Darmon
Appelé à la Yeshiva du Ciel
En l’année 5501

4) Rabbi Avraham Taieb « Baba Sidi »

Le rav Avraham Taieb connu sous le nom de « Baba Sidi » (=Grand père) était le chef du tribunal rabbinique puis grand rabbin de Tunis. Il était le maïtre du rav Its’hak Lumbroso. Dans l’œuvre Bnei Yossef, écrite par son élève Yossef Cohen-Tenoudji, des commentaires du Rambam (Maïmonide) sont rapportés, écrits par le Rav Avraham Taieb, que son élève a trouvés en marge de livres de son Maître. Le rav Taieb est mort en 5501

Ceci est la pierre tombale
De la lumière d’Israel et sa sainteté,
Le grand rav, modèle de sa génération
Notre Maître Avraham Taieb
Appelé à la Yeshiva du Ciel
En l’année 5501

5) Rav Its’hak Lumbroso

Le rav Its’hak Lumbroso était un des élèves de rav Tsema’h Sarfati et de rav Avraham Taieb. C’était le premier grand rabbin de la communauté portugaise de Tunis. Il a exercé cette fonction pendant 40 ans. Le rav Lumbroso était riche et aidait beaucoup ses élèves. Il est connu pour son commentaire « Zera Its’hak » sur le Talmud. Ce livre a été le premier à être imprimé à Tunis. Le rav Lumbroso est décédé en 5512 (1752). En 5754, les proches de la famille Lumbroso en France ont entamé une restauration de la tombe qui était négligée et entourée de déchets.
Ceci est la pierre tombale
De notre maître et Rav, couronne de nos têtes,
Notre Maître Its’hak Lumbroso
Auteur du « Zera Its’hak »
Appelé à la Yeshiva du Ciel
En l’année 5512
6) Rabbi Messod Refael Elfassi

Rabbi Messod Refael Elfassi fut le grand rabbin de la communauté à partir de l’année 5501 (1741) jusqu’à sa mort en 5535 (4/12/1774). Après son inhumation, ses commentaires écrits avec ses fils Shlomo et ‘Haim furent publiés sous le nom de « Meshi’ha Derabota » correspondant aux initiales de Messod, Shlomo, ‘Haim, Elfassi. Le sujet du livre concerne des nouveaux commentaires apportés à la Halakha sur le Shoul’han Aroukh et contient de nombreuses questions réponses.

Ceci est la pierre tombale
Du grand des géants
Réputé au Sanhédrin
Grand père saint et généreux
Notre Maître Messod Refael Elfassi
Appelé à la Yeshiva du Ciel à Rosh Hodesh 5535

7) Yossef Bismuth

Yossef Bismuth était le caïd des Juifs et le préposé au Trésor du Bey. Il est mort en 1775. Bien que décédé 34 ans après rav Avraham Taieb et rav Moshé Darmon (morts en 1741), il est enterré à côté d’eux. Selon une tradition populaire, la raison se trouve dans son testament. Avec l’honneur et la considération qu’il avait pour eux, il a demandé à être enterré à côté de ces rabbanims.

Ceci est la pierre tombale
De l’homme aux vertus des Rois
Et gloire des Princes
Le grand Ministre
Yossef Bismuth
Appelé à la Yeshiva du Ciel en 5535

8) Rabbi Eliahou Gabison

Selon le rav Ouziel Lahyakh, auteur de l’œuvre célèbre « Mishkenot Haroïm », le rav Eliahou Gabison possédait un atelier de confection, et il vivait de ça sous l’autorisation spéciale du Roi. Le rav Gabison est mort en 5555 (1795).

Ceci est la pierre tombale
Du grand rav lumineux
Kabbaliste divin
Rabbi Eliahou Gabison
Appelé à la Yeshiva du Ciel au mois de Iyar 5555

Mardi 20 Février 2018
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